Château féodal du XIIème siècle
1 – Le castrum de crocis (ascros) : un lieu fortifié

C’est vers la moitié du XII ème siècle que le Seigneur de CROCIS décida de faire construire le château et l’église d’ASCROS. Celle-ci avec des « archères » faisant parties du système de défense et bouchait au nord-ouest le secteur le plus vulnérable du « CASTRUM ».
Le CASTRUM, entouré de remparts avait deux accès : l’un situé dans le secteur nommé encore de nos jours le « Portaou » et l’autre la « Portissola » au bas de cet ensemble fortifié permettait d’atteindre la « Fuon Bassa ». Cette fontaine servait aux habitants et aux animaux.
La partie nord-ouest de l’ensemble était protégé par un rempart partant de l’église vers les rochers. Du nord-est au sud-est, le rempart était implanté au niveau des maisons bordant la rue du four. D’ailleurs, le secteur se désignait sous l’appellation « Souata Barri ». L’ouest du CASTRUM n’avait pas besoin d’être fortifié, l’abrupt le protégeait.
Entre l’église et le château, la place était ce que l’on nommait la « basse-cour » extérieure au château. Pour monter vers l’entrée du château, il fallait passer par la maison dénommée la « Curiale » qui servait de logement au curé.
Le château mesurait environ 50 mètres de long et 25 mètres de large. Quatre tours et un bastion d’artillerie sur le piton à l’Est, en assurait la protection. Deux grandes salles ( l’une était voutée) desservant les deux tours sur le versant de l’église servaient essentiellement au Seigneur et à sa famille. Au centre du château sur la terrasse, se trouvait un puits ou était recueillie l’eau de pluie, provenant des toitures et de la terrasse. Une succession de petites salles sur le versant de « Souta Barri » étaient des emplacements réservés aux soldats, aux cuisines et aux réserves. Il y avait bien une poterne (issue dérobée), elle pouvait se situer entre les deux tours versant sud-ouest.
La présence des tours avec leurs archères confirme l’usage d’arcs lançant des flèches et d’arbalètes au tir plus précis expédiant des « carreaux » (flèches en fer à 4 faces) Le bastion d’artillerie et la Terrasse servaient à tirer des boulets de pierres à l’aide d’armes de jet (catapultes et bombardes) ; les jets allaient de 50 à 500 mètres.
2 – L’histoire : la branche familiale des « grimaldi »

Branche des Grimaldi de Bueil (dont Jean Grimaldi de Bueil, baron de Beuil et Annibal Grimaldi (1557-1621), comte de Beuil).
Vers la fin du XIIe siècle, à la suite d’un différend avec les moines de Lérins, le seigneur de Crosis délaisse les habitants de Villeveille, Rourebel et St-Antonin, et fait construire l’église et le château de Scros (ce n’est qu’en 1760 que l’appellation Ascros apparaît). En 1621, à l’exécution pour trahison d’Annibal Grimaldi, Scros, Toudon et Tourrette-Revest sont inféodés aux Galléan pendant un siècle. Le château ne sera pas rasé mais tombera en ruine.
L’histoire du château et du village d’Ascros est étroitement lié à celle de la baronnie des Grimaldi. Parmi les principales familles seigneuriales de notre pays et de Provence, celle des Grimaldi, d’origine génoise, fut des plus en vue dont les diverses branches possédaient notamment: la baronnie de Beuil, la seigneurie de Monaco depuis 1308, la seigneurie de Cagnes-Villeneuve, la seigneurie de Levens (de 1400 à 1621), la seigneurie d’Antibes achetée en 1384 par Luc et Marc Grimaldi, cousins de Rainier II de Monaco, et vendue à Henri IV en 1608. La branche de Beuil est au regard de l’histoire de Nice la plus intéressante. En 1315, Astruge, héritière du fief, épousa un Grimaldi qui devint seigneur de Beuil. La baronnie comprenait les fiefs de Beuil, Péone, Roubion, Roure, Ilonse, Pierlas, Marie, Bairols, Auvare, Thierry, Lieuche et Puget-Rostang. En 1388, les Grimaldi jouèrent un rôle décisif dans la « Dédition » de Nice à la Maison de Savoie.
En paiement, Jean de Beuil, ex-sénéchal de Provence, et son frère Ludovic reçurent vingt- trois nouveaux fiefs enlevés aux seigneurs « angevins » qui émigrèrent en Provence: Val d’Entraunes, Massoins, Tournefort, Ascros, Puget-Théniers, Malaussène, Touet, Villars, Rigaud, Rimplas, Saint-Sauveur, Toudon, etc. En 1581, ils furent faits comte par le duc de Savoie. En 1621, Annibal Grimaldi, comte de Beuil, qui ne voulait pas reconnaître la suzeraineté du duc de Savoie, « Io sono il conto di Boglio che fa quel che voglio » disait-il fièrement, ce qui ne l’empêcha pas de se faire soutenir par le roi de France et de s’apprêter à livrer au roi d’Espagne le pays de Nice dont il serait le seigneur et gouverneur de la ville, fut déclaré solennellement coupable « d’infidélité, félonie, rébellions et machinations » par le Sénat de Nice. Il fut pris dans son château de Tourrette-Revest et étranglé, le 8 janvier 1621, par deux esclaves turcs sur ordre de son suzerain, Charles-Emmanuel Ier le Grand (1562-1630). Celui-ci s’était souvenu en effet que Annibal avait dit un jour qu’il préférerait mourir de la main d’un turc plutôt que de se soumettre. Son fils André, baron de Laval (pays de Massoins) s’enfuit en Provence et fut banni à jamais du Comté. Le fief fut partagé entre les fidèles du duc de Savoie. Ainsi s’acheva le destin de la principale maison féodale du pays niçois. Désormais les souverains de Savoie étaient seuls maîtres dans leurs États.
3 – L’étude photogrammétrique : à vous de jouer
Le village et les vestiges du château en trois dimensions
http://3d.departement06.fr/patrimoine/chateau_ascros/app/index.html#%2F
4 – L’église romane fortifiée
Eglise présentant des caractéristiques de l’architecture romane
Eglise Saint Véran à Ascros. Eglise datant du XIIème Siécle, entièrement rénovée.
Histoire
Description historique :
L’église Saint-Véran est mentionnée tardivement, en 1351, date à laquelle elle apparaît comme une possession de l’évêque de Glandèves et est désignée comme l’église du castrum d’Ascros. D’après l’architecture qu’elle présente, sa construction peut être située dans la première moitié du XIIIe siècle. L’édifice connaît peu de remaniements importants après le Moyen Age. La disposition intérieure du chœur, initialement surélevé par rapport à la nef et comportant un espace aménagé sous le niveau de l’autel, est probablement modifiée au XIXe siècle lors de l’aménagement d’une sacristie contre l’abside, communiquant avec le chœur. Un clocher-porche est édifié en 1920 en remplacement d’un clocher-mur moderne à deux arcades qui s’élevait à l’aplomb du mur gouttereau sud, au niveau de la travée de chœur, comme le montrent des cartes postales du début du XXe siècle.
Architecture
Description architecturale :
L’édifice actuel comporte une nef d’un vaisseau, divisée en trois travées, prolongée vers l’est par un chœur formé d’une courte travée et d’une abside semi-circulaire. La nef est couverte d’une voûte en berceau brisé, supportée par des doubleaux retombant sur des pilastres. La travée de chœur est également voûtée en berceau brisé, à un niveau plus bas, et l’abside est couverte d’un cul-de-four brisé. Tous ces couvrements sont soigneusement appareillés. Une tribune, à laquelle on accède par un escalier extérieur ménagé contre le mur gouttereau sud, occupe la partie supérieure de la première travée. Un clocher-porche est accolé à la façade méridionale, devant la porte qui s’ouvre dans la première travée et dont il masque l’encadrement.
La porte est couverte d’un linteau droit sur coussinets concaves, surmonté d’un tympan aveugle et d’un arc de décharge légèrement brisé. Une baie d’éclairage, à double ébrasement et couverte en plein cintre, modifiée postérieurement, s’ouvre dans le chœur. Une autre baie, à simple ébrasement et rectangulaire, en partie visible au niveau du sol, éclairait un espace situé sous le chœur. Deux baies à double ébrasement, couvertes en plein cintre, s’ouvrent dans l’axe des deuxième et troisième travées de la nef, au sud. Une petite baie cruciforme est percée au plus haut du mur-pignon occidental.
L’élévation de l’abside est construite en moyen et grand appareil assisé de pierres soigneusement dressées. Les élévations de la nef sont construites en moyen appareil assisé de pierres bien équarries mais plus sommairement dressées.
Source : C. Poteur (Castrum)